Sois toi même… mais pas trop!

Ok pour le sport… mais à condition de rester féminine

 

Mon corps a le dos large, le muscle dense, le cuissot puissant, les hanches étroites, les pieds larges et palmés. Mon corps peut développer en quelques semaines des tablettes de chocolat n’ayant rien à envier à Milka. Il est compact, et j’aime y penser comme à un petit atome prêt à péter en une explosion d’energie. Il est particulièrement designé pour la natation, mais est également adapté à l’équitation (…) le 100 mètres, le 100 mètres haie, le kungfu, la boxe, le tir à l’arc, le roller aggressif, etc.

Dans notre société égalitaire où notre quête existentielle ultime serait d’être nous mêmes, ces prédispositions naturelles m’ont valu bon nombre de commentaires paniqués très utiles, tels que:

– Attention à ton dos, ne nage pas le papillon!

– Le judo oui, mais … C’est pas très féminin.

– Et la danse, tu y as pensé?

– Peut être devrais tu éviter le crawl?

– Arrête de t’entraîner comme ça on dirait bientôt un déménageur! C’est pas beau!

– C’est bien ton roller là, ça affine les jambes.

– Tu as pensé à nager avec des palmes?

– Tu devrais arrêter de courir tous les jours. Tu manges trop le soir!

Et bien sûr :

– Tu vas jamais trouver de MEC.

Deux sports me font particulièrement chier. La danse et le jogging. Je ne les critique pas en tant que tels. Ils ne sont juste pas fait pour moi. Et bingo, ce sont bien ces deux sports là que l’on m’a recommandé à longueur de vie. La danse pour me rendre enfin gracieuse, le jogging pour me rendre fine, alléluja. J’ai tellement entendu ces conseils bienveillants, ces orientations réductrices que je me suis persuadée que mon unique but avec le sport ne pouvait être que “sculpter”, “modeler” tout en “affinant”. Je me suis spontanément cantonnée aux activités mécaniques et redondantes, n’ayant qu’un seul but: me faire rentrer dans les normes.

Ces mots ne me venaient pas d’inconnus particulièrement malveillants dans la rue, non. Ils me venaient de mes plus proches, des plus aimants, ceux particulièrement inquiets de mon avenir et ma future intégration sociale. Ma mère, surtout, avait tellement peur de me voir me transformer en armoire à glace, qu’elle a préféré faire une croix sur tout éventuel développement physique.

 

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Kornelia Ender (1976), serait elle le cauchemar maternel?

Mamie, un nouveau Billy Elliot ?

C’est Marla qui m’a fait découvrir l’escalade. Ma meilleure amie, ma proche, m’a dit une chose. Et ce n’était pas attention à ton dos, tes jambes, tes bras, ton ventre, mais:

– Tiens toi le plus près possible du mur, tu gaspilleras beaucoup moins de force.

Ce fut une libération. J’ai continué à découvrir ce sport avec elle. J’ai pu me centrer cette fois sur le plaisir, la découverte, la compétition et la performance. Et la joie de progresser. Autant dire, l’escalade et moi, on est devenues amies aussi.

Aujourd’hui, ma routine d’entraînement ressemble à ça. MyPrecious (le mec) me hurle des encouragements, tel le racailleux à son pit en pleine arène, tandis que je visualise chacun de mes mouvements, l’enchaînement de gestes précis puis dynamiques, la pousséerotation du genou qui me feront “résoudre le problème”. Ici, je peux exploiter mes pectoraux, bras et dorsaux pour me hisser, mes jambes pour pousser, mes pieds pour l’équilibre. Mon corps me surprend tout le temps. Il est plein d’une force qui n’était pas là il y’a quelques mois.

Autres nouveautés:

Quand je porte des bandes autour des doigts, ce n’est plus pour faire l’experte, mais parce que j’ai effectivement mal aux tendons.

Avant, MyPrecious pouvait me battre au bras de fer avec un doigt, fort de ses 18 ans d’escalade. Depuis que son doigt a émis un craquement sinistre, il n’ose plus.

Je peux complètement me lâcher, et dire des trucs douteux comme “you can’t take the JUNGLE out of the NIGGER!” quand j’ai réussi un problème particulièrement chaud. C’est comme le hip-hop. Dans la bouche d’une noire, ben ça passe.

Les femmes ont deux techniques en particulier. La technique de l’araignée et du singe. Les filiformes déplient des membres in-ter-mi-nables et s’accrochent à une prise minuscule sans hésitation. Les puissantes, avec bras, abdos et dorsaux très développés, se hissent à la force pure. J’essaie de combiner les deux, en pédalant dans l’air avec mes jambes le moins possible (“Tiens toi le plus près possible du mur!”).

Combien d’autres filles se retrouvent entravées, et finissent par se brimer pour ne pas trop bousculer la norme? Combien de garçons ne peuvent suivre leurs passions de peur d’en “faire des pédés”? Combien de gamines ne jouent pas au foot car leurs parents supposent d’emblée qu’elles ne peuvent pas se servir d’un ballon?

 Picsou mag

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3 thoughts on “Sois toi même… mais pas trop!

  1. Le plus triste, c’est que ces mêmes personnes qui te poussent à respecter la norme, qui disent aux filles de ne pas faire de sport ou alors un sport qui ne développe pas la masse musculaire, vont aussi être ceux qui répètent cet argument idiot de la prétendue naturalité de la différencesdessexes : “enfin c’est naturel, les garçons sont plus forts que les filles”.

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