Prostitution: un choix libre et éclairé (…pour l’homme)

Ce texte est disponible en anglais.

Ecrire sur la prostitution, c’est aller au casse-pipe (…ha ha) (…sorry).

On se retrouve très vite dans des guerres d’idées intestines, certaines sincères et véritablement soucieuses des femmes prostituées, certaines de mauvaise foi totale.

Mais une chose est sûre. Il est temps d’arrêter de scrutiniser la responsabilité des femmes.

Vrai débat

Les articles anti-abolitionnistes de Mélange Instable et Crèpe Georgette m’ont donné matière à réfléchir.

La première est critique sur l’attitude de certain.e.s militant.e.s abolitionnistes, qui n’hésiteraient pas à agresser les femmes prostituées. Si c’est vrai, c’est bien sûr intolérable. Ne connaissant pas les personnes impliquées, j’aurais du mal à me prononcer. Prostituée depuis trois ans, elle se distance également des pseudo-alliés des prostituées, (à lire absolument!!) qui revendiquent une prostitution libre et heureuse, à coups de clichés pro-capitalistes (aucune différence entre la pute et l’ouvrier!!). Je ne peux que conseiller la lecture de son blog qui est informatif, très bien écrit et socialement engagé.

La seconde avec un autre argument de poids, sur le fait que le gouvernement propose une indemnité ridicule de 400 euros aux femmes ayant fait le choix courageux de sortir de la prostitution. (Et les 1500 euros d’amende prévus par client, ils iront dans quelle niche fiscale?). Malheureusement, l’article conclut qu’on ne peut rien proposer d’autre dans l’état actuel. Or, il me semble nécessaire de se battre pour une politique plus féministe et sociale, et non pas rester dans un statut-quo destructeur à savoir, préserver les hommes acheteurs de sexe de leur responsabilité et de sanction. 

Je souhaite également souligner (rapidement) quelques faits inexacts:

  • La crainte d’une augmentation de la violence, forcées de prendre le premier client venu. Les preuves empiriques permettent de répondre que la pénalisation des clients n’a pas entraîné une augmentation de la violence contre les prostituées en exercice dans les pays ayant appliqué cette loi. Ceci est confirmé par les rapport d’évaluation suédois, et norvégien. De plus, les clients bru
  • Dans le même esprit: le client “pourrait se passer du service de la prostituée” tandis que la prostituée, par contrainte économique, ne pourrait se passer du client. Ce qui est vrai au niveau individel (et encore!!) est faux au niveau collectif, tant la pression de la demande est importante dans le domaine de de la prostitution (nationale, migrante, et trafic d’êtres humains) comme décrit dans l’article sur Amnesty.
  • La crainte du marché noir: après la sur loi sur la pénalisation, la prostitution visible a diminué tandis que la prostitution sur internet à augmenté, mais dans les mêmes proportions qu’en Norvège et Danemark (gardez en tête que le DK et la Norvège ont 2 fois moins d’habitants). D’ailleurs, entre parenthèses, marché noir ne signifie pas grand chose. La plupart du marché est sur internet, et on a nos Red Light Districts à Malmö, Stockholm et Göteborg. Ils n’ont pas été rasés par la police, et les acheteurs sont toujours là.

people in prostitution internet

Selected extracts of the Swedish government report SOU 2010:49: The Ban against the Purchase of Sexual Services. An evaluation 1999-2008

people in street prostitution

Selected extracts of the Swedish government report SOU 2010:49: The Ban against the Purchase of Sexual Services. An evaluation 1999-2008

  • Sur la question de la traite: la pauvreté est une condition, et non la cause de l’exploitation sexuelle des femmes. C’est bien de proposer de combattre la pauvreté. MAIS celà serait d’oublier que majorité des personnes en très grande situation de pauvreté refusent l’exploitation sexuelle. Les traffiquants sont obligés de recourir à toutes sortes de manipulations, de fausses promesses d’emploi (nounou, serveuse…) ou autres agences matrimoniales. Et que même dans les cas où les femmes arrivent en connaissance de cause, on leur ment complètement sur les conditions atroces de leur exploitation

Nous sommes tout.e.s concernés par la prostitution. La perception de la prostitution dans un état contribue directement aux politiques d’investissement sociales. Un état d’esprit “c’est son choix” VS “inégalités structurelles” n’aura pas le même impact au moment de voter les budgets. Vivre dans un état prostituteur est différent de vivre dans un état qui ne considère pas que s’acheter du sexe est un comportement normal et tolérable. Si vous en doutez, il suffit de googler FKK +forums de jeuxvideos.com pour lire des histoires d’hommes décrivant les violences qu’ils leur font subir (“petites annecdotes sympa”) à des prostituées de toutes nationalités dans des bordels légals.

En tant que féministes, nous devons militer pour plus de moyens, et une meilleure articulation entre les lois sur les migrations, les lois sociales et les lois contre l’achat de sexe. Et non défendre un laisser faire criminel, en disant que nous n’avons pas de solution, – une défaite de l’imagination et de la volonté en somme.

 La France n’est pas comparable à la Suède en termes de réflexion sur l’égalité femmes hommes. La loi s’est doté de versants sociaux (prévention dans les groupes à risques, éducation des hommes aux conditions d’entrée dans la prostitution, compensation aux victimes de trafic) ainsi que des moyens policiers importants (un peu plus de 5,2 millions d’euro en 2008). Je suis encore à la recherche de chiffres exacts sur le volet social, via le Ministère de la Justice et le Conseil national pour la prévention du Crime, le BRÅ, mais rien à voir avec l’aumone française -je mettrai à jour. 

Et bullshit complet:

A côté de ces arguments véritables pour assurer l’environnement le plus sûr pour les femmes qui se prostituent, nous avons droit à des couac-couacs d’hommes “sexe-positifs”, qui réclament leur DROIT à la prostitution. Le “libre choix” et le “consentement” de la femme sont brandies comme un bouclier, et toute tentative de remettre en question les circonstances de ce choix sont taxés de liberticide, puritaniste et sexe-négative (au moins dans mon cas, ça fait un équilibre vu que j’ai toujours eu droit à l’étiquette raciste « noire-donc-exotico-chaudasse », donc grand bien m’en fasse). Je vous relinke là la réponse de Salomé (blog Mélange Instable) à ces défenseurs de la liberté, de l’exception à la française et du plaisir.

Ces diatribes établissant la prostitution comme la liberté du corps, et leurs tentatives de se rassurer sur leur légitimité seraient juste grotesques, si elles n’avaient pas une conséquence dramatique sur la vie de femmes réelles, instrumentalisées pour l’utilisation d’hommes persuadés de leur bon droit.

C’est son choix (Elle)

Le problème de discuter du choix féminin, et se cantonner à discuter dans quelle conditions ce choix a été fait, c’est que, comme dans la parentalité, la violence conjugale, la vie professionnelle, nous mettons encore une fois la responsabilité sur la femme.

« Il te bat? Pars » – car personne n’interroge l’homme sur pourquoi il frappe.

« Les femmes ont des impératifs spécifiques du fait de leur nature qui font qu’elles choisissent un mi-temps pour élever leurs enfants» – car on déresponsabilise et dédouane les pères de leur non-investissement dans l’éducation de l’enfant.

« Il ne fout rien à la maison? -Pourquoi l’as tu choisi pour faire un bébé ? » -car on oublie le bourage de crâne et matraquage culturel que subissent les filles dès 2 ans, pour trouver un homme et s’en occuper.

C’est son choix (Lui)

Orienter la prostitution sur le choix des femmes prostituées, c’est encore une fois accorder l’invisibilité et l’absolution aux hommes. Qui font eux le -véritable- choix de placer leur argent dans le corps des femmes.  Lorsque l’on étudie les rapports de genre, l’expérience de la prostitution n’est diverse et variée. Ce n’est pas une problématique à multiple facettes et autres formules que l’on utilise pour masquer que: 98% d’hommes clients achète 95% de femmes (+transsexuelles).

Bienvenue dans c’est mon choix !

J'ai l'humour bien lourdingue aujourd'hui...

Oui, on racle les bas fonds aujourd’hui…

Aujourd’hui, nous allons tenter de réorienter le débat sur les hommes, ceux qui créent la demande, et ceux qui veulent toujours plus de corps jeunes, variés et peu chers. J’ai selectionné 10 arguments justifiant leur sacro-saint choix, que l’on retrouve très souvent sur leurs forums.

Raison #1!

“Un homme à des besoins.

Homme, tu as raison. Un homme a des besoins: celui de manger, dormir, avoir un logement, et être en sécurité. Le soit disant besoin physique que tu évoques ne résisterait pas à deux branlettes d’affilée. Ou alors, prends du bromure. C’est sans doute ce que font tous les autres hommes qui ne s’achètent pas de sexe.

Raison #2!

“Je veux surtout parler et de la compagnie.”

Celui qui dit ça est surtout un gros menteur: (Une femme prostituée parle de ses clients.). Le client a payé, il veut baiser, pas de la compagnie.

Pourquoi ne pas parler et proposer ta compagnie à des organisations caritatives en sous-effectif qui ont besoin de toi? Par exemple, le volontariat, la distribution de nourriture, ou l’aide dans un chenil? On y rencontre des personnes formidables, généreuses et rayonnantes de chaleur humaine (mon collègue a rencontré sa femme quand ils étaient tous les deux volontaires, sisi!)

Raison #3!

“C’est une étudiante, je l’aide à acceder à ses rèves!”

Ah! Cette raison altruiste me réjouit au plus haut point! Il y’a donc, là, dehors à portée de main, de généreux donateurs, qui croient très fort à un autre être humain, au point de l’aider à réaliser ses rêves? Faites. Vous pouvez financer une personne sans exiger en retour un rapport sexuel.

Raison #4!

Je la paie, elle fixe le prix, elle consent, c’est donc un échange équitable!

Si tu payais véritablement 1. une personne indépendante d’un proxénète, 2 heureuse dans la prostitution, 3.ayant d’excellentes alternatives au commerce sexuel (n’ayant pas un besoin de ton billet) 4. et qu’elle te tarifait en fonction de son envie, la passe ne te coûterait pas 50 euros. Quant au consentement au sexe, essaie pour voir, de lui proposer l’argent sans sexe. Soyons honnêtes, que ferait elle? Crois tu vraiment qu’elle resterait pour goûter tes sécrétions?

L’échange que tu proposes n’est ni un consentement au sexe, ni équitable, ni justifiable.

Raison #5!

“Je n’ai pas envie de me prendre la tête à discuter, je veux juste tirer mon coup.”

Ton problème n’en est pas un! Figure toi qu’il y’a des milliers, des millions de femmes qui veulent juste tirer un coup sans engagement. Ces femmes ne sont pas cachées, elles sont là, sur adopteunmec, meetic, peut être même des amies d’amis?

Raison #6!

“Ma femme ne veut pas faire l’amour.”

Si ta femme ne veut plus de toi de façon ponctuelle, cela ne te donne pas le droit de t’acheter un autre être humain. Discutez d’autres alternatives, si ça se trouve, elle meurt d’envie d’aller voir ailleurs. Si ta femme ne veut pas de toi de façon permanente, te payer un autre être humain ne va pas arranger l’état de ta relation.

Raison #7!

“Ma femme ne veut pas faire ça ou ça- que j’ai vu dans un porno.”

La femme (la femme prostituée ou ton épouse) n’est pas un déversoir pour pratiques brutales. Arrête de regarder du porno qui détruit ton empathie, ta libido naturelle pour t’imposer des fantasmes violents et préfabriqués.

Raison #8!

“Elle n’a aucune qualifications, et je lui donne du travail”

Si tu penses que tu “permets” aux prostituées de travailler et te faire de l’argent, il est urgent de consulter un.e médecin pour faire examiner cet égo sérieusement enflammé. Imaginer qu’une femme ne puisse faire que des fellations pour gagner sa vie est au mieux, idiot, au pire, un sérieux problème de haine des femmes.

Raison #9!

“Je suis handicapé”

Si tu désires une relation avec une femme, tu ne l’auras pas dans la prostitution. On ne peut répondre à une injustice par une autre, et marchandiser un corps humain pour répondre à un besoin, qui n’en est pas un (voir raison 2)

Allez. La meilleure pour la fin.

Raison #10!

“La prostitution, c’est avant tout un plaisir et l’occasion d’explorer sa sexualité. J’apprends à la jeune fille à faire l’amour!”

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What the???

Non, je l’ai pas inventé. D’après Patrick Pharo, directeur de recherches au CNRS, la prostitution est “ un domaine qui relève d’abord du plaisir et du jeu avec son corps – ce que ne cessent de rappeler des films contemporains qui se contentent d’inverser la charge du stigmate en mettant en scène des strip-teases masculins destinés aux femmes (Magic Mike) ou des prostitutions féminines qui jouent de façon expérimentale avec le désir masculin (Jeune et Jolie).

Alors Magic Patrick, ce n’est pas parce que tu l’as vu à la télé que c’est vrai. La prostitution est un rapport marchand. Même si tu t’illusionnes volontairement à croire que tu partages une précieuse expérience, la femme se passerait volontiers de tes cours (malgré tes heures de vol au compteur).

patrick foireux

Patrick bien Phoireux

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