Obvious Child: le film qui a sauvé ma semaine

Le mois de novembre est chargé. Entre un essai à rendre (en préparant l’opposition sur l’essai d’une de mes petites camarades!), la recherche d’appartement, le sport, le National Novel Writing Month et bien sûr …mon vrai travail, c’est difficile de trouver du temps. Mais en combinant ma mauvaise conscience de négliger ce blog et ma volonté de faire découvrir un film, je devrais arriver à pondre un petit billet !

Comme je l’ai raconté à l’occasion, j’ai du mal à supporter les films ‘grand public’. D’une part, ils mettent souvent en scène un ordre social rigide, patriarcal, colonialiste et raciste. On en ressort l’esprit embrumé, comme imprégné d’une odeur de linge humide oublié (depuis genre, les années 50). D’autre part, pour des films qui sont sensés laisser la part belle à l’imaginaire, ils reflètent un peu trop fidèlement la réalité. Une réalité où tous les films qui ne sont pas faits par des hommes blancs, et pour eux-mêmes ne trouvent ni financement ni possibilité de diffusion.

Bien sûr, on peut se dire que ce ne sont que des films, apprécier les images, et rappeler qu’il faudrait veiller à ne pas les confondre avec la vraie vie (ben oui, personne n’a jamais acheté quelque chose qu’il aurait vu dans une pub, ça se saurait ?!), et continuer à en ingurgiter. Mais si on refuse ce lavage de cerveau insidieux, je recommande de « subtiliser » des programmes de festival indépendants pour savoir quoi regarder dans l’année.

Etant fan de Sci-Fi, je me fais quand même régulièrement avoir.

Et puis on voulait surtout voir CASE!

Par exemple: Interstellar -avec McConaughey et son accent sudiste tellement traînant qu’il reste collé aux meubles. Synopsis : après avoir siphonné les ressources terrestres jusqu’à leur dernière goutte, notre planète est en train de disparaître. Un élu cosmique (non, je n’exagère pas) est chargé de trouver d’autres terres à défoncer (si si, c’est l’histoire). Ce film est non seulement pénible parce que l’on subit l’énième histoire d’un énième homme blanc qui sauve l’Amérique et le monde (mais d’abord l’Amérique), Mais aussi parce que ce qu’on voit dans le film est une représentation fidèle des rapports de pouvoir et division de ressources réels.

Si vous voulez éviter sauter un spoiler, sautez élégamment tout le passage miné ci-dessous comme un boxer pendant son cours d’agility. 

Malgré le préservatif que j’enfile sur mon cerveau avant tout visionnage de cet acabit, mon âme délicate a quand même été éclaboussée par quelques horreurs. L’insupportable McConaughey (dont le nom se prononce Ma-Conne-à-Gay, une insulte à toutes les filles à PD du monde entier !) quitte sa fille Murphy à l’âge de dix ans, pour le TSM -Traditionnel Sauvage du Monde. Tout le film, son cœur de texan est déchiré par l’éventualité -plus que probable !- de ne jamais la revoir. Ce qu’il ne manifeste pas trop quand même, préférant enrober de ses répliques poisseuses Anne Hataway ; son side-kick féminin (= jeune, sexy, fragile, et faisant plein d’erreur de jugement comme le font les fâmes à cause de leur trop plein de sentiments).

Après une série de péripétie écrites par un Christopher Nolan scandaleusement complaisant, il est recueilli par une ville interstellaire qui passait, quelque part entre deux anneaux de Saturne, le sauvant de justesse après que des extraterrestres de la quatrième dimension l’aient déposé là (et je n’invente rien)…. Il finit par retrouver Murphy à la fin de sa vie, mourant de vieillesse –MaConneàGay, lui, a préservé jeunesse et bronzage grâce à l’utilisation astucieuse des trous noirs et des scénaristes.

Où est Charlie, version MaConneàGay

“Où est Charlie”, version MaConneàGay

Et que se passe t-il me direz-vous ? (ou ‘ta gueule’, c’est selon)

Se met-il à pleurer de regrets, de peur, d’amour, de culpabilité ? (on parle quand même de son enfant, son obsession, sa-fille-sa-bataille dont il vient de rater 70 ans de vie !!) Rassurez-vous. Après avoir dégouliné quelques mots sucrés convenus, elle prend la parole quelques secondes pour …le renvoyer hors de sa chambre d’hôpital car « les parents ne sont pas sensés voir mourir leurs enfants ». Elle l’encourage à aller rejoindre la jeune et fraîche Anne Hataway (15 ans de moins au compteur quand même !!), et qui attend MaConneàGay sur une autre planète –tandis qu’elle décède entourée de membres de la famille un peu plus dignes de confiance. MaConneàGay ne se le fait pas dire deux fois, et va d’un pas joyeux engluer Anne Hataway et commencer la « recolonisation ».

L’élément SUR-Gonflant (ESG), le voilà : pendant que nous assistons à cette scène fictive,  le temps à l’image imparti à Helen Burstyn (qui joue la fille sur son lit de mort) est si court qu’on se demande pourquoi Nolan a crée ce rôle. Jessica Chastain/McKenzie Foy (Murphy à l’âge de 32 et 10, respectivement) ont été particulièrement mises en valeur –entre parenthèses, les deux arrivent à planter une voiture, selon la règle que toute femme au volant dans un film américain annonce un incident-

Helen Burstyn, en tant que vieille femme, n’aurait d’intérêt ni pour le réalisateur, ni le héros, ni les spectatrices/eurs et disparaît de l’image après trois minutes, comme toute actrice vieillissante qui ne doit pas nous salir la rétine. Nolan en rajoute (en efface ?) une couche en remplaçant à l’image Burstyn par Hataway, pendant que la première continue de parler en fond sonore.

Bref, les meilleures scènes d’Interstellar sont regroupées dans les trailer. Le film n’a aucune relevance sur le plan ni scientifique, ni politique. Je n’arrive toujours pas à me remettre de « On vous a trouvé flottant entre les anneaux de Saturne, vous en avez de la chance ! » et de Matt Damon qui galope plus vite qu’une navette.

 Laisson Mamie Helen reposer en paix et consacrons nous à un autre film petit budget mais grandes ambitions : Obvious Child de la réalisatrice Gillian Robespierre.

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Quand on cherchait un film drôle à voir, on n’était pas chauds pour une comédie romantique. A part Bridesmaid, très peu d’entre elles m’ont fait rire ces dernières années, pour des raisons évidentes. Mais quand j’ai lu un commentaire de troll hargneux qui déconseillait fiévreusement de voir ce film – parce que l’héroïne principale était « laide, moche et pas attractive » et que sa copine « avait trop de sourcils », j’ai su qu’on avait peut être quelque chose. Le troll, à bout de souffle et  de synonymes, nous a mis sur la piste que son trouble tenait peut être à autre chose qu’à l’apparence non-formatée des héroïnes.

Bingo.

Ce film est différent.

Une jeune femme de presque trente ans, Donna, travaille dans une librairie « Non-oppressive et non-colonialiste » le jour, et a pour passion le stand-up le soir (ouii !! et pas la mode !). Un soir, après un sketch hilarant -sur, entre autres, l’état de sa culotte après l’avoir portée une journée entière- son petit ami la largue courageusement dans les toilettes en matant son portable.

Donna fait courageusement face avec l’aide de ses amis, en faisant des vannes, en (sur)buvant, pétant au lit, et en pourrissant la messagerie du coupable. Jusqu’à ce qu’un autre mec se présente à un de ses stands-up, et qu’elle tombe sous le charme – je suis moi-même tombée sous le charme au moment de la scène du pet-pipi, regardez, vous comprendrez !

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Une bit Un clou en chasse l’autre et les deux passent une folle nuit en état d’ébriété, et Donna se rend compte quelques semaines après qu’elle est *tadam* en.cein.te.

J’ai attendu ce genre de film pendant, au bas mot, 20 ans. Je sais d’expérience qu’avorter n’est pas en soi une épreuve traumatisante qui marque à vie comme les instances sociale, politique et médiatique veulent nous faire croire. C’est un événement stressant, mais pas plus qu’un autre évènement stressant, auquel chacune fait face avec ses ressources personnelles. 

Et pourtant, il faudrait en avoir honte, baisser les yeux avec pudeur quand on en parle, regretter et montrer sa repentance. Sans compter que quand on veut parler de son cas, il y’a toujours quelqu’un pour interrompre et te raconter le « vrai » avortement d’une autre connaissance, réellement traumatisant, lui. « Parce qu’il ne faudrait pas généraliser » disent-elles/ils, tout en généralisant copieusement.

Donna donc, continue de travailler, de monter sur scène, tente d’éviter son nouveau prétendant qui veut clairement construire quelque chose avec elle, et discute du pour et contre de tout lui avouer avec ses deux meilleurs amis. L’héroïne se rend compte que non seulement personne le la juge, mais que tout son entourage a avorté. Dont sa mère –dans l’illégalité la plus totale. Et la soutiennent. Il y’a des moments où on ressent un soulagement cathartique -à celle qui s’est retrouvée à supporter ce “copain”, lourd qui “dragouille”, sans oser l’envoyer chier, Donna le fait pour toi.

Alors, si vous voulez rire, voir un film non-prétentieux, où la fille fait autre chose que de travailler dans la rédaction d’un magazine féminin en rêvant de vivre de son propre blog de mode, et parle de sexe comme un gay (le moment où son meilleur pote insinue que s’il avait mit quelque chose enceint, sa serait sans doute la bouche d’un autre mec…) je recommande.

 Le film n’est pas parfait, il a bien ses lourdeurs, mais il honnête, et ça, c’est vraiment rare. 

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2 thoughts on “Obvious Child: le film qui a sauvé ma semaine

  1. Le Vicomte de Beauregard says:

    il faut également rappeler que Nolan est un faiseur de machineries lobotomisantes (The dark knight rises, Inception) dans ses films il n y a aucun temps mort, aucun répit juste pour empêcher aux spectateurs de réfléchir et de s’apercevoir qu’ils regardent un film vide de sens ou n’existe que des apparats (les effets spéciaux sont la pour ça), il a l art de donner l’illusion de faire des bons films, des films imparables qui ne sont qu’en fait des nanars hypertrophiés au pognon et à l’idéologie capitaliste qui ne dupe finalement que les mangeurs de pop corn.

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